Les taux d'intérêt négatifs sur le marché obligataire le symptôme d'une bulle

 

 Marie-Josée BAYERLAIT   08:35   22 octobre 2019

Le treize juin 2019 a été le passage symbolique pour les OAT TEC10 rémunéré cette fois à -0,196. Un signal fort qui pose la question sur les modèles de plans d'épargne retraite jusqu’alors tournés sur la gestion obligataire

Les taux d'intérêt négatifs sur le marché obligataire : Symptôme d'une bulle

 
 

Tour de table des taux d’intérêts négatifs sur le marché obligataire.

Les rendements d’obligations Investment Grade (rating AAA,AA,A,BBB) commence à fondre comme neige au soleil. Alors que les banques commerciales continuent d’en acheter car jugées comme une source de financement stable ces-dernières sont invitées, en plus des récents signaux, par la banque centrale européenne (BCE) à prendre plus de risque dans leur gestion d’actif pour éviter la baisse de leur valeur nette.

Un changement de comportement déjà incité par l’application d’un taux négatif de rémunération de leurs dépôts à la BCE aujourd’hui à hauteur de -0,5%. (Observation formulée par Fanny Loux et Meixing Dai dans l’opee N°36 été 2017.) « Allégez les conditions de prêts et renforcez vos positionnements sur des produits moins liquides ! » propose Mario Draghi.

 

Une stratégie à rendement négatif parfois pertinente 


Mais d’autres stratégies se dégagent du marché obligataire, Schroders suggère d’utiliser la couverture de change pour les obligations libellées en devises étrangères. Normalement basé sur la différence entre taux intérêt court terme des devises souhaitées, si la différence des cours des devises est suffisamment importante il est alors possible de transformer un rendement négatif en positif.

A condition que le coût supplémentaire de la couverture de change ne soit pas handicapant. Un tour de passe-passe possible si les banques centrales ne dévaluent pas leurs monnaies.

Il y a aussi la stratégie qui vise à parier sur le cours des obligations qui augmente si les taux d’intérêts continuent de diminuer quitte à écarter les coupons à échéance de toute façon désavantageux à l’heure actuelle. Une vision plus spéculative certes.

Puis il y a l’ultime stratégie qui consiste à se cantonner à la diversification de son portefeuille car en cas de sorties des capitaux du marché action le marché obligataire est le premier bénéficiaire.

Des idées financières qui pullulent mais qui pose question sur la stabilité monétaire au sein de l’espace européen car tous les feux sont aux verts avec des taux d’intérêt bas qui ont des effets anesthésiants sur l’économie réelle.

 

Des structures de gestions mis à mal


« Les assureurs principaux clients des sociétés de gestion en France sont particulièrement mis à mal par l’environnement des taux »

 

Agnès Lambert, AGEFI HEBDO. Dans lequel est développé l’impact des taux sur les sociétés de gestions comme les assurances qui ont dû diversifier leurs offres de gestion d’actif au sens large afin de garantir leurs marges. Mais pas que.

Au-delà des nouveaux produits, les sociétés de gestions sont également engagées dans de vaste opération de réduction des coûts. Du fait du grignotement des réserves entrainés par les taux négatifs jusqu’à présent non facturé aux clients doublés d’une forte concurrence et d’une conjoncture économique maussade.


La rationalisation des coûts les oblige à se concentrer sur leurs coeurs de métiers et à procéder à des réorganisations internes comme le montre les nombreux licenciements au sein d’institutions bancaires/assurances.

La compétitivité des appareils productifs est donc détériorée ! D’autant plus visible si l’on se penche un instant sur l’évolution des cours bancaires entre 2007 et 2019 divisé en moyenne par deux. Encore que la rentabilité perdue sur le fond de leur activité soit en partie compensée par la baisse des taux qui leur font payer moins de charges financières. Cela n’en n’est pour autant pas suffisant au point que l’idée de taxer des dépôts de banque privées comme Lombard Odier au-delà d’1 million surgisse.


Nous sommes dans un cadre inédit d’un point de vue économique.

Toutefois les banques de détails devraient être épargnées. Leur clientèle ayant un besoin de liquidité risquerait de thésauriser la monnaie. Contre-productif. De plus, cela sous entendrez qu’en cas de taux positif elles devront les rémunérer.

 

POUR RESUMER

La monnaie hélicoptère nous rappelle les années 90 japonaise qui ont vu naître la formation de bulles sur les prix des actifs financiers et immobiliers. Alors que les taux d’intérêts nominaux des actifs de références comme les obligations d’Etats sont négatifs le risque est réel.

Les décisions d’épargne et de consommation des ménages n’ont pas fini d’être perturbées ! Mais aussi celles des investisseurs qui ont du mal à connaître la valeur des actifs financiers. Par ailleurs, pour compenser la baisse de marge bénéficiaire du fait de la difficulté de baisser les taux de rémunération de dépôts des clients, les banques doivent prendre plus de risques dans leur gestion d’actif.

Tout cela accroît le risque systémique dont l’ampleur dépend de la durée de cette politique. A tel point que Mckinsey voit une banque sur trois disparaitre en cas de retournement de conjoncture. Le pire n’est pas certain mais le marché des cryptomonnaies et des métaux précieux semble être une porte de secours à ne pas négliger.

 
 

Retour à la page d'accueil 

 Inscription à la Newsletters

 
 
E-mail
 

© 2019 par Marie-Josée BAYERLAIT